La production d’écrits, est un domaine parfois délicat à aborder, notamment avec nos élèves en difficulté. Pourtant on le sait qu’écrire, c’est capital et qu’on doit le faire beaucoup, et souvent. Savoir écrire, c’est tout simplement l’objectif de l’école, on ne fait de la grammaire, de la conjugaison, de l’orthographe que pour savoir écrire ! Les connaissances dans ces domaines n’ont pas de sens si elles restent isolées. En plus, pour nos élèves fragiles et en difficulté, c’est un levier très important de progrès en lecture/écriture.

Aussi, pour enrichir les séances (dont la séance type, entre écriture essayée et Atelier de Réflexion Orthographique que je propose) et les rendre plus accessibles aux élèves en difficulté, voici quelques idées d’outils, même s’il ne sera pas question ici d’outils individuels (vous trouverez plein d’idées ailleurs sur le site, en fonction des troubles/difficultés rencontrées).

Outil 1 : Des livres à structure répétitive pour faciliter le passage à l’écrit

De mon côté, je m’appuie très souvent sur les petits livres de la collection « Histoire de mots » chez PEMF.
Le principe est assez simple : proposer une structure répétitive originale. Comme les élèves disposent d’un modèle, la production des phrases et le passage à l’écrit sont facilités. En plus au bout d’un moment les enfants retiennent la structure répétitive et ils enrichissent ainsi leur stock lexical. On travaille donc la procédure lexicale et la procédure phonologique en même temps !

Voici mes livres préférés pour les CP/CE1/CE2, classés par ordre de difficulté (complexité de la structure répétitive).

Histoire de mots – ABCaider.fr

Pour les acheter (environ 6 € le livre), presque toute la collection est disponible chez Amazon mais attention, comme on a du mal à trouver certains titres, les occasions s’arrachent parfois à des prix exorbitants ! Sinon vous pouvez passer directement par l’éditeur (mais il faut compter + 6€ de frais de port).
Mon coup de cœur va à « Les crêpes », « Je voudrais être » et « Dans mon école » avec lesquels on a fait des super productions (riches et drôles) ou les titres de chez Milan Jeunesse : « Le livre des Si… » et « Le livre des peut-être« .

Outil 2 : Des référents stables pour les sons

Pour outiller mes élèves, nous disposons dans la classe d’aide (je suis maître spécialisé) de petites cartes avec les référents de sons : le « ain » de main, le « ou » de rouge… mais tous les sons ne sont pas affichés en permanence dans la classe :
les sons connus de tous sont rangés dans un sac qui représente « ce que nous savons » mais ils restent accessibles lorsqu’un élève en a besoin.
les sons en cours d’acquisition sont affichés dans la classe, même s’ils ne servent qu’à un ou deux élèves. Ils seront ensuite rangés dans le sac, une fois acquis.
les sons pas encore étudiés ou non acquis ne sont pas affichés mais sont disponibles pour les élèves (tas de cartes sur un meuble).
Ainsi ils peuvent aller chercher ce qu’il leur manque lorsqu’ils écrivent.

Ce qui est délicat pour mes élèves en difficulté, c’est de changer chaque année de référents ou de ne pas en avoir du tout certaines années. Pour remédier à cela, nous avons complètement harmonisé les référents dans toutes les classes de l’école. Nous sommes partis des besoins des collègues de CP puis nous avons modifié en fonction des besoins de tous (à partir du travail de Sanléane et de la mallette code RETZ) et produit des outils comme par exemple :
des affichages avec/sans les gestes Borel-Maisonny.
des affichages avec/sans les Alphas + avec/sans les gestes Borel Maisonny.
des sous-mains (sons simples ou complexes, avec/sans gestes et Alphas, en fonction des besoins des élèves/classes).

Chaque enseignant s’est engagé à utiliser ces référents (parfois en plus de ceux des méthodes de lecture) et les nouveaux enseignants font de même en récupérant la mallette des outils produits lors de leur arrivée. Pour moi, en aide spécialisée, c’est le top !

Outil 3 : Des affichages simples et évolutifs

En prolongement du travail avec les « cartes sons », nous avons également beaucoup travaillé sur les affichages qui peuvent aussi mettre certains élèves en difficulté.
Parfois il y en a trop et on se perd, parfois pas assez, parfois ils sont trop complets et certains élèves en difficulté avec la lecture ont du mal… Si on ajoute un de mes élèves de CE1 qui m’avait dit une fois qu’il ne les utilisait pas « parce que sinon c’est de la triche » : c’est un casse-tête !

En équipe nous avons donc essayé d’avancer un peu avec quelques idées :
lever les implicites et utiliser explicitement les affichages lors des séances.
utiliser des affichages amovibles et temporaires pour pouvoir les déplacer/enrichir/transformer en fonction de ce qui est produit/appris en classe.
utiliser les mots des élèves, sans précipiter l’institutionnalisation.
travailler aussi sur les procédures/stratégies. Parler du « comment on fait » explicitement dans les classes est très très riche, cela permet ensuite d’aller vers le « comment on peut faire encore mieux ».
utiliser moins de mots et plus de dessins/pictos/schémas.

Outil 4 : un dictionnaire pas comme les autres

Diclé, le dictionnaire pour écrire

Le dictionnaire peut être un outil pour soutenir la production d’écrits, c’est vrai, mais rarement pour les élèves en difficulté. Si on écarte le fait que tous ne sont pas encore à l’aise avec son utilisation, il reste une question essentielle : Comment chercher un mot dans le dictionnaire quand on n’a aucune idée de comment il s’écrit ? 😕

Le Diclé est un dico génial qui répond à cette difficulté grâce à ses deux parties distinctes : le « dictionnaire pour lire » et le « dictionnaire pour écrire » :
Le dictionnaire pour lire est un dictionnaire ordinaire. Comme on a le modèle du mot dans le texte, on cherche sa définition normalement.
Le dictionnaire pour écrire est l’innovation majeure du Diclé : c’est un dictionnaire phonétique. On cherche les sons qu’on entend, dans l’ordre dans lequel on les entend et ça marche !
Pour le mot « habit » par exemple, on cherche au son [a] puis [ab] puis [abi] et on tombe sur « habit ». Il y a même des groupes de mots comme « je m’appelle » qu’on peut chercher phonétiquement. Le Diclé aide donc pour l’orthographe mais aussi pour la segmentation ! En plus il n’utilise pas l’alphabet phonétique mais un système assez simple que les enfants comprendront vite.
Son utilisation peut donc aussi permettre d’amorcer la transition entre la procédure phonologique et la procédure lexicale : l’écrit code bien l’oral mais… avec tout un tas de surprises et de règles.

En tout cas bravo ! À essayer d’urgence !

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