Moi, j’aime pas les « demandes d’AVS »

C’est un fait, dans les écoles, il y a de plus en plus de « demandes d’AVS » et moi, *mode schtroumpf grognon ON* j’aime pas les « demandes d’AVS » parce quune « demande d’AVS », en fait, ça n’existe pas !

Plus sérieusement, lorsqu’on parle de « demande d’AVS », on néglige le fait que l’aide humaine est une réponse, une compensation aux conséquences d’un handicap qui doit être reconnu par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). On ne demande donc pas un.e AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire), qui peut d’ailleurs aussi être un.e AESH (Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap), mais une reconnaissance de handicap.

Certains diront que c’est un détail technique mais en fait non : parler de « demande d’AVS » peut parfois faire naître une confusion, masquer le vrai sujet et avoir des conséquences négatives pour l’enfant. Et ça, nous sommes tous d’accord pour dire que c’est quelque chose que nous ne voulons absolument pas.

Éviter le sujet du handicap, une fausse bonne idée

Parfois, parce que le sujet du handicap peut être délicat à aborder, on parle de « demande d’AVS », pour ne pas poser le sujet sur la table avec la famille, pour ne pas dire : « Votre enfant doit être reconnu comme étant en situation de handicap pour prétendre à une aide humaine« .

Mais parler de « demande d’AVS » plutôt que de parler de handicap, ce n’est pas toujours anodin non plus. C’est parfois refuser de voir la sévérité des difficultés de l’élève. Du coup, l’aide humaine risque de devenir LA réponse aux difficultés (ce qu’elle n’est surtout pas) au détriment d’autres aides et soins.
Mais l’aide humaine, c’est un accompagnement complémentaire aux aides des professionnels (enseignants, orthophonistes, psychomotriciens, psychologues…) qui doivent absolument être mises en œuvre si l’on veut que l’enfant avance.

Alors bien sûr, je comprends la démarche d’évitement stratégique du mot handicap pour accéder à l’aide humaine et faire en sorte que même un.e élève dont la famille est réticente puisse disposer d’une aide humaine, mais je suis farouchement contre.
Tout comme on dit, pour convaincre certains parents d’accepter l’orientation en SEGPA : « Mais il pourra revenir dans l’enseignement général après une 6e SEGPA » alors que l’expérience nous montre que c’est une petite minorité d’élèves, je crois donc qu’il ne faut pas tordre la réalité.

Ok, la réalité est complexe et elle complique la démarche mais prendre le temps d’expliquer cette réalité aux familles est une part très importante du projet d’aide. Il faut donc prendre le temps d’accompagner les familles.
On n’envisage pas une aide humaine comme on achète un outil ! D’ailleurs, et j’en profite pour le poser là : replacer l’aide humaine dans son cadre de référence c’est aussi mieux reconnaître la professionnalité des personnes qui en sont chargées et pour qui j’ai beaucoup de respect.

Accompagner les familles

La réalité peut donc s’expliquer, même si c’est parfois compliqué, même si parfois on pense qu’il ne faut pas trop s’immiscer dans la vie de la famille, même si certaines familles ont beaucoup de mal à entendre/envisager le handicap de leur enfant.
Bon, il faut quand même se dire qu’en entendant le mot handicap, la plupart des parents font une croix sur la vie idéale qu’ils avaient imaginée pour leur enfant. Le mot handicap, à la première écoute, barre complètement l’avenir, interdit toute réussite. Cela peut être très violent.
Dans ces moments, la famille a besoin d’être accompagnée pour accepter la situation, aller de l’avant de manière constructive et ne pas abandonner l’ambition de réussite pour leur enfant.

L’idée c’est de ne pas laisser la famille subir la situation seule et d’éclairer la même réalité avec une lumière plus positive, réussir à laisser la vie idéale (mais imaginaire) de côté sans tomber non plus dans le catastrophisme, bref : construire avec la famille un projet de réussite scolaire plein d’ambitions !

Quelques éléments pour essayer d’éclairer un peu la situation

Le handicap et le droit à la compensation

Être reconnu en situation de handicap, ce n’est pas forcément grave ou dévalorisant. C’est un fait. On ne dispose pas tout à fait des mêmes chances que les autres, et comme c’est injuste, l’État propose une compensation.
La loi n°2005-102 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a défini la notion de handicap :
« Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »

Et elle crée un droit à la compensation : « la personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l’origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie ».
Ce droit à la compensation est individuel. Il doit prendre en compte le projet de vie de la personne en situation de handicap. En conséquence, la Prestation de Compensation du Handicap, créée par la loi pour permettre ce droit à la compensation, peut être versée en espèces (pour le paiement des aides humaines par exemple) ou en nature (pour le financement d’aides techniques, l’aménagement du logement…)

Comment ça se passe vraiment à la MDPH ?

– version courte et ultra simplifiée – la MDPH reçoit les dossiers (à l’initiative des familles) dont fait partie le GEVA-Sco, soigneusement rempli en équipe éducative 😉
Le dossier est étudié en EPE (Équipe Pluridisciplinaire d’Évaluation) avant que la CDAPH (Commissions des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées) ne valide la reconnaissance de la situation de handicap, les compensations et formalise le PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation), volet scolaire du plan de compensation.

Attention, le recrutement des personnes en charge de l’aide humaine (AVS/AESH) n’est pas du fait de la MDPH. Cette dernière notifie, mais c’est la DSDEN (Direction des Services Départementaux de l’Éducation Nationale) qui recrute et qui paie !
C’est donc l’Éducation nationale qui est responsable du manque d’AVS/AESH dans les écoles pour les élèves qui ont reçus une notification MDPH : bouuuuh !

Quelques conseils si vous vous lancez, avec une famille, dans l’aventure du dossier de demande de reconnaissance de handicap :

→ Bien remplir le GEVA-Sco.
C’est un document super important, il doit être précis et conforme à la réalité. Ne minimisez pas les difficultés, ce n’est pas un document qui sert à encourager l’enfant mais bien à décrire sa situation. Du coup, n’en rajoutez pas non plus, le document vient compléter les bilans des différents professionnels pour former un tout cohérent (attention en particulier au sens de la cotation D dans la partie « observation des activités de l’élève »).
La situation n’a pas besoin d’être caricaturée, les personnes de l’EPE sont sur le terrain, connaissent les enfants et les enseignants. La caricature desservirait le dossier.

→ Aider et adapter en amont.
La volonté qu’un handicap soit reconnu et compensé par une aide humaine doit venir en complément des aides de l’école. Je pense qu’on doit vraiment avoir tout essayé en amont pour adapter la classe/l’école aux besoins de l’enfant. On doit lui avoir fait sa place.

→ Ne pas faire le choix à la place de la famille ou de la MDPH.
Si la famille pense à une aide humaine et vous non (ou l’inverse), notez les deux avis, c’est la MDPH qui tranchera grâce aux regards croisés des professionnels consultés. Ne pas confondre non plus les besoins de l’élève avec ceux de la classe/de l’enseignant.e. L’aide humaine ne vient pas soulager la classe mais aider l’élève en situation de handicap à progresser.

→ Se renseigner avant de demander des moyens.
L’aide humaine peut-être individuelle ou mutualisée. Elle est individuelle si l’enfant a besoin à la fois d’une attention soutenue ET continue : intensité constante + impossibilité de prévoir/programmer les besoins + risque de danger sans aide = impossibilité d’aider plusieurs enfants à la fois pour l’aidant. Ce sont donc des situations exceptionnelles ! Sinon, l’aide humaine sera mutualisée, c’est à dire organisée/répartie entre plusieurs enfants (dans la classe et dans l’école).
Mais l’aide humaine n’est pas la seule réponse pour accompagner un.e élève dans sa classe. L’obtention d’un matériel pédagogique adapté peut être vraiment positif pour la progression de l’élève et favoriser, en plus, son autonomie.
Donc, avant de demander une aide humaine, il vaut mieux savoir ce qu’elle est et surtout ce qu’elle n’est pas !

Quelques fausses idées sur l’aide humaine

L’aide humaine est souvent envisagée pour palier à toutes les difficultés des enfants. Si elle peut être bénéfique dans certains cas, il faut aussi savoir ce qu’elle n’est pas.

1. Un.e AVS/AESH en classe c’est plus d’aide pour l’élève en difficulté : très souvent FAUX .
La plupart du temps, l’élève bénéficiant d’une aide humaine est moins aidé par son enseignant qu’auparavant. On voit même parfois un recul des adaptations ou de la différenciation alors que la personne en charge de l’aide humaine peut tout à fait faciliter et améliorer la mise en œuvre de l’aide de l’enseignant.
→ quelques pistes concrètes dans 5 idées pour bien travailler avec un.e AVS/AESH

2. L’aide humaine permet de mieux aider l’élève :
FAUX  si l’AVS/AESH est considéré.e comme un.e intervenant.e extérieur.e ou comme LA solution aux difficultés mais absolument VRAI si l’accompagnement est réfléchi, construit, évalué et régulé.
→ quelques pistes concrètes dans 5 idées pour bien travailler avec un.e AVS/AESH

3. L’aide humaine contribue à développer l’autonomie : très souvent FAUX .
C’est malheureusement un effet pervers de l’accompagnement en classe. L’élève prend parfois l’habitude d’avoir un appui et perd en autonomie. Mais ce n’est pas une fatalité ! Cela peut devenir VRAI  si les interventions de la personne en charge de l’aide humaine sont cadrées en amont, notamment par l’enseignant de la classe.
→ quelques pistes concrètes dans 5 idées pour bien travailler avec un.e AVS/AESH

4. L’aide humaine soulage la classe et l’enseignant : VRAI mais ce n’est pas son rôle !
L’aide humaine doit faire progresser l’élève accompagné, c’est une compensation à sa situation de handicap, point final. Pour soulager la classe et l’enseignant, il faudra plutôt se tourner vers l’équipe d’école/de circonscription, le RASED ou encore le pôle ressource.

5. « Je ne suis pas formé.e pour l’aider, il lui faut un.e AVS«  : FAUX
D’abord, même si le chantier de la formation des aidants est lancée, la personne en charge de l’aide humaine reste bien moins formée qu’un enseignant du point de vue de la didactique. En plus, le travail de la personne en charge de l’aide humaine n’est pas d’intervenir directement avec l’élève pour remédier à ses difficultés mais d’accompagner la scolarisation/progression de l’élève. Cette progression est guidée/définie par l’enseignant qui est le responsable pédagogique de l’AVS/AESH.
Même si c’est compliqué parce que chaque cas est différent et qu’il n’existe pas de réponse merveilleuse/universelle aux difficultés, que cela nous déséquilibre, interroge notre pratique, c’est véritablement le rôle/travail de l’enseignant de la classe de chercher une réponse adaptée aux besoins de l’élève. Il faut au moins essayer avant de baisser les bras.
Attention, ce n’est pas parce que c’est de sa responsabilité que l’enseignant de la classe doit être seul.  L’accompagnement des élèves en difficulté est l’affaire de tous au sein de l’école, pas seulement de l’enseignant de la classe. Je le vois au quotidien dans les classes, à force d’essais, de bricolages, de tâtonnements et avec l’aide et l’engagement de tous, certaines équipes (épaulées par les enseignants spécialisés qui interviennent à l’école et/ou de l’équipe de circonscription) font des merveilles.

6. …

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2018-12-06T15:53:27+00:00

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