Après la collection « dyscool » chez Nathan puis la collection « Colibri » chez Belin, la troisième étape du tour d’horizon des livres adaptés passe par les éditeurs Hatier jeunesse et Magnard jeunesse qui proposent eux aussi un catalogue de titres adaptés pour faciliter la lecture des lecteurs fragiles et des enfants « dys ».

C’est un petit pas pour l’édition, mais un grand pas vers l’accessibilité.
N. Armstrong (je crois 😉 )

Pour sa collection « Premières lectures faciles » à destination des lecteurs « dys », Hatier a travaillé avec des orthophonistes pour concevoir une version adaptée de sa super collection « Ma première mythologie« .

Les +

→ La mise en page a été adaptée, avec notamment :

  • Une mise en forme du texte bien pensée : police sans empattement (OpenDyslexic) + taille des caractères augmentée + texte non justifié + interlignage augmenté.
  • Une aide au repérage visuo-spatial : les lignes sont alternativement colorées en noir ou en violet.
  • Des illustrations bien séparées du texte. Le texte est toujours dans un cadre blanc.
  • Un découpage du texte et une pagination clairs : 1 page = 1 unité de sens, pas de découpe des mots et aucune phrase ne court d’une page à l’autre.

→ Le texte utilisé est le texte original ! Cela facilite l’utilisation en groupe classe, on peut compléter sa série de livres facilement et les élèves pourront tous suivre ensemble !

→ Le thème de la mythologie est extrêmement riche, le rendre accessible à tous est une super idée. En plus on sait, notamment avec les travaux de Serge Boimare, qu’elle est un terrain favorable pour travailler la représentation mentale et pour parler de soi/de ses difficultés en restant en sécurité… ce qui est précieux pour tous, mais particulièrement pour les élèves à besoins spécifiques.

Les –

Gros CARTON ROUGE pour le nom de la collection « Premières lectures faciles« . Penser que les adaptations proposées suffisent à rendre la lecture « facile » est une erreur et en faire le nom de la collection est un manque de respect ! Cela peut même devenir culpabilisant/humiliant pour certains enfants qui se retrouvent en difficulté sur un texte dit « facile ». Je ne comprends pas comment Hatier a pu laisser passer ça… Toutefois, cela ne remet pas en cause la qualité des ouvrages.

La version numérique (non testée)

Certains titres sont accessibles au format numérique (epub ou pdf) à un prix moindre que la version papier (0,5€ de moins en moyenne). Attention, la version numérique est une simple reproduction de la version aidée papier, Hatier ne semble pas proposer d’interface pour ajouter/choisir les aides.

Quelques titres déjà disponibles*

[Voir la collection « Premières lectures faciles » sur le site de l’éditeur]

La collection « premières lectures progressives » n’est, quant à elle, pas directement destinée aux lecteurs « dys » mais plutôt aux apprentis lecteurs. Par contre la manière dont elle a été pensée en fait une super candidate pour nos jeunes lecteurs en difficulté et/ou « dys ».

Les +

→ La mise en page a été adaptée, avec notamment :

  • Une mise en forme du texte bien pensée : police sans empattement + texte non justifié.
  • Des illustrations bien séparées du texte ou le texte dans un cadre blanc.
  • Un découpage du texte et une pagination clairs : 1 page = 1 unité de sens, pas de découpe des mots et aucune phrase ne court d’une page à l’autre.
  • Un système de couleurs sur les pages droites du livre : le graphème étudié est coloré (chaque histoire en propose un différent) et les lettres muettes sont grisées.

→ Deux parcours de lecture différents ont été aménagés ! C’est le point fort de cette collection.
Je vais tenter d’expliquer. Sur chaque double page il y a, à droite, un texte plutôt court avec des mots courants et à gauche, un texte plus long et plus complexe. L’idée géniale c’est qu’il existe un cache pour la partie gauche et donc deux versions de l’histoire : une courte (niveau 1), avec uniquement le contenu des pages de droite et une autre plus détaillée (niveau 2), qui comprend le contenu des doubles pages.
Les enfants les plus en difficulté pourront donc lire le niveau 1 ou partager très facilement la lecture de niveau 2 avec un adulte (l’adulte lit à gauche et l’enfant à droite).

→ Un contenu de qualité : Et ça marche ! Les deux versions de l’histoire sont intéressantes. La plus longue complète bien la version courte alors que la courte se suffit à elle même et est bien écrite (pas du genre de la série des « Sami & Julie » qui simplifie un peu trop et qui utilise de drôles de mots sous prétexte qu’ils ne contiennent que des sons simples).

Les –

→ Le système de couleurs peut encore être amélioré.
L’idée du phonème travaillé (« on » coloré en marron par exemple) est bonne mais aussi limitante. On imagine qu’il faudrait une série de livres entière pour tous les aborder.
J’aurais préféré un codage sur le modèle de l’imprégnation syllabique avec les syllabes colorées et pourquoi pas les graphèmes complexes soulignés.
Attention aussi parfois pour les lettres muettes, pas sûr d’être d’accord sur le fait que le « u » de « qu » soit muet. En général on considère « qu » comme un graphème complexe aussi. Mais ce n’est qu’un petit détail, il fallait bien trouver quelque chose à redire 😉

Quelques titres déjà disponibles*

[Voir la collection « premières lectures progressives » sur le site de l’éditeur]

La collection « Mes premières lectures en lecture aidée » (puis « Mes premiers romans en lecture aidée« ), n’est pas non plus directement destinée aux lecteurs « dys », mais bien aux apprentis lecteurs. Elle propose des versions adaptées de certains titres déjà parus (Lasco de la grotte par exemple).
Attention donc, les adaptations n’étant pas pensées pour les enfants « dys », il nous est impossible d’avoir les mêmes exigences que pour les collections dédiées. Par exemple, le texte n’étant pas « conçu » spécifiquement pour les lecteurs « dys » : la construction des phrases n’est pas toujours chronologique, il y a quelques expressions et le vocabulaire employé n’a pas particulièrement été choisi.
Cela n’empêche pas que les adaptations proposées répondent assez bien aux besoins de certains de nos élèves « dys ».

Les +

→ Le découpage syllabique est présent ! C’est un vrai plus qui n’existe pas partout. Les syllabes sont colorées alternativement (bleu/noir) et la couleur des lettres muettes a été atténuée. Cela permet de soulager un peu le décodage et de garder de la disponibilité pour mieux comprendre.

→ La mise en page a été soignée :

  • Une mise en forme du texte bien pensée : police sans empattement + taille des caractères augmentée + texte non justifié + interlignage augmenté.
  • Des illustrations bien séparées du texte et tous les dialogues dans des bulles : c’est une vraie aide à la compréhension.
  • Un découpage du texte et une pagination clairs : 1 page = 1 unité de sens, pas de découpe des mots et aucune phrase ne court d’une page à l’autre.
  • Un mini dico pour les mots difficiles, avec des définitions courtes.

→ Le texte utilisé est le texte original ! Cela facilite l’utilisation en groupe classe, on peut compléter sa série de livres facilement et les élèves pourront tous suivre ensemble !

Les –

Le découpage syllabique est perfectible.
Le découpage syllabique choisi est celui des syllabes écrites « banane » et je trouve que cela sursegmente certains mots et nuit parfois à la reformulation et à la compréhension. Avec mes élèves, j’utilise toujours le découpage avec les syllabes orales mais c’est bien sûr une question de point de vue. Le découpage proposé est tout de même aidant.
Le traitement des lettres muettes est… bof bof. Je trouve ça dommage de ne pas toujours utiliser la même couleur pour les lettres muettes (comme le gris clair de la méthode d’imprégnation syllabique par exemple). Là, c’est soit gris clair, soit bleu clair en fonction de la syllabe à laquelle appartient la lettre muette. Certains élèves ont eu du mal à comprendre, cela a un peu parasité leur lecture.

Le niveau est indiqué sur la couverture. Ce n’est pas un reproche à la collection car elle ne s’adresse pas aux élèves « dys » spécifiquement mais cela complique un peu l’utilisation avec nos grands élèves.

La version numérique (non testée)

Certains titres sont accessibles au format numérique (epub) à un prix moindre que la version papier (2€ de moins en moyenne). Attention, la version numérique semble être une simple reproduction de la version aidée papier, Magnard ne propose pas d’interface pour ajouter/choisir les aides.

Quelques titres déjà disponibles*

[Voir la collection « Lecture aidée » sur le site de l’éditeur]

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