Coup de cœur – « La faute de l’orthographe »

Vous surveillez votre orthographe ?
Vous surveillez l’orthographe des autres ?

En français, on est particulièrement peu exigeant avec l’orthographe.
Enfin, on est exigeant avec votre orthographe.
Ou avec la nôtre.
Ou avec celle de Kevin, celui qui dessine, qui a une orthographe bien à lui. En fait, c’est pour ça qu’il dessine.
Non, on est peu exigeant avec l’orthographe elle-même.
On juge souvent votre orthographe.
On ne juge jamais l’orthographe.

 

« La faute de l’orthographe« , c’est un livre tiré du spectacle/conférence « La convivialité » de Arnaud Hoedt et Jérôme Piron. J’ai pensé à nos élèves (et particulièrement aux élèves en difficulté) pendant tout le spectacle, puis à chaque page en lisant le livre.
Dans les programmes, on prône désormais l’apprentissage explicite dans tous les domaines (et c’est très bien !) sauf pour l’orthographe qu’on applique dans un climat de terreur absolu : « C’EST COMME ÇA ! MOUHAHAHAHAHA *rire machiavélique* ». L’orthographe n’est plus un outil au service de la langue, c’est une dictature (et pas toujours une dictature éclairée) ! Elle se prend pour la langue française alors que c’est uniquement une manière de l’écrire (quel melon !). Manière qui, en plus, peut laaaaargement être interrogée et remise en cause tant elle est parfois euh, comment dire ?

Trop souvent, dans les classes, les élèves nous demandent « Pourquoi on écrit comme ça ? » et on leur répond comment. De mon côté, j’avoue que je m’en sors parfois avec le comment parce qu’en vrai, je ne sais pas toujours pourquoi

Du coup, le livre est très intéressant parce qu’il reprend et explique l’origine de certaines règles, démonte les idées reçues et nous éclaire avec beaucoup d’humour sur un tas de sujets comme, notamment :
– Les lettres muettes (il n’y a que 3 lettres qui ne peuvent jamais être muettes !).
– Les différentes manières d’écrire chaque son (S.O.S. – Mayday – HELP).
– Les doubles consonnes (pourquoi tant de « n » ?)
– (La galère et les origines de) l’accord du participe passé.
– Les pluriels en « x », en « oux » (prequel !).
– La place de l’orthographe chez les auteurs classiques (la langue de Molière et son « Misantrope », vraiment ?).
– Les différentes réformes de l’orthographe et la compétence (ou pas) de notre bonne vieille Académie française.
– Les racines des mots et le débat sur la persistance des marques (on ne mange pas de la phéta ?).

Utile, drôle et très rapide à lire, c’est un énorme coup de cœur !
De quoi nourrir de nombreux échanges avec nos élèves, les faire progresser, les déculpabiliser et libérer, peu à peu, le passage à l’écrit.
Je m’en sers particulièrement dans mes ateliers de réflexion/négociation orthographique.

En plus, il y a tout un débat sur l’importance de la forme qui prend le dessus sur le fond, sur l’élitisme de l’orthographe et la manière de « trier » les gens en fonction de leur niveau de maitrise. Est-ce raisonnable de juger une personne ainsi que la qualité de sa réflexion uniquement en tenant compte de son orthographe ?

Euh, en fait, NON.

Prenons d’abord le temps de juger l’orthographe elle-même.

Pour un historien de la langue, les accidents de l’orthographe française sont explicables : chacun a sa raison, analogique, étymologique ou fonctionnelle ; mais l’ensemble de ces raisons est déraisonnable, et, lorsque cette déraison est imposée, par voie d’éducation, à tout un peuple, elle devient coupable. Ce n’est pas le caractère arbitraire de notre orthographe qui est choquant, c’est que cet arbitraire soit légal.

Roland Barthes, Le Monde de l’Education, 1976.

 

2018-05-09T19:28:09+00:00

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